Labourer ou ne pas labourer ?

2018-01-23 14:14:51

Telle est la question

Le temps où les charrues étaient tirées par des chevaux ou des bœufs est depuis longtemps révolu. Aujourd’hui, ce sont de gros et puissants tracteurs qui tirent avec aisance les charrues  à travers champs. Mais il semble que nous arrivions à une croisée des chemins. Est-il encore nécessaire d’éliminer toutes les mauvaises herbes ou de pratiquer un sous-solage de plusieurs centimètres de profondeur ? Les avis sont partagés.

L’utilisation de la charrue remonte à plusieurs milliers d’années. En Egypte, on a notamment découvert des dessins datant de 1200 avant Jésus-Christ représentant un bœuf tirant une espèce  de charrue, accompagné d’un paysan. Dans les débuts, on utilisait principalement une « houe » un  outil qui servait à ouvrir le sol. Un progrès a ensuite été réalisé avec  l’arrivée de la charrue pour labour à plat. En fixant une lame réversible (ou versoir) sur la charrue, le sol était non seulement ouvert, mais également retourné. De cette façon , les mauvaises herbes étaient enterrées, et le sol riche en nutriments était amené plus en surface. Au fil du temps, les charrues n’ont pas cessé de s’améliorer . Le bois a laissé place au métal et des éléments on été ajoutés . Au 18éme siècle, les progrès se sont rapidement succédés, et labourer à la charrue est également devenu commercialement intéressant.

Entretemps, la charrue est devenue un outil omniprésent dans bon nombre d’exploitations agricoles. Depuis de nombreuses années , de grands constructeurs comme Lemken, Kongskilde ou Pöttinger fabriquent avec succès des machines à travailler le sol.

NE PAS RETOURNER MAIS SOUS-SOLER
Bien que cela varie considérablement d’un pays à l’autre, le choix d’un travail du sol sans le retourner est relativement récent,. Dans  les pays dotés d’un relief ( Allemagne), cette méthode de travail  du sol est populaire depuis longtemps, alors que dans les pays relativement plats pratiquant une agriculture intensive (Pays-Bas), le labour « ancestral » reste favorisé. Toutefois, le travail du sol sans le retourner gagne également en popularité dans ces pays, surtout chez les agriculteurs biologiques.

Qu’est-ce qu’un travail du sol sans le retourner ? Avec cette méthode, l’agriculteur ameublit uniquement le sol. Il est simplement ouvert, contrairement au labour à la charrue, où l’on pénètre de 30 centimètres dans la terre pour ensuite la retourner , ce qui affecte  la couche du sol. Le travail du sol sans le retourner , ce qui affecte la couche du sol. Le travail du sol sans le retourner permet d’assurer une meilleure structure et donc une meilleure vie de celui-ci. L’eau ruisselle moins, et les nutriments importants sont mieux conservés. Un avantage supplémentaire : cette technique permet de lutter contre des problémes tels que l’érosion.

Il faut remarquer que le passage au travail du sol sans le retourner dépasse largement l’arrêt du labour . Il peut falloir des années avant d’obtenir un résultat optimal, et il est crucial de connaître l’historique du terrain. Il est également conseillé d’utiliser des cultures anti-érosives.

Les Nations Unies font l’ardente promotion du travail de sol sans le retourner. Sous l’appellation  « agricoles de conservations », elles le considèrent comme  la méthode permettant ‘ de cultiver avec moins de moyens, de manière rentable et durable, tout en respectant l’environnement’ .   L es Nations Unies ont élaboré trois  directives à satisfaire :

  • La perturbation mécanique minimale du sol ( labour). Cela  doit permettre la réduction de l’érosion, la préservation des minéraux et un maintien accru de l’eau dans le sol.
  • La création d’une protection anti-érosive permanente. Cela permet l’apparition d’une vie   suffisante dans le sol . Celle-ci décompose le mulch et le transforme en matière organique, qui agit comme un engrais.
  • La rotation des cultures. Il faut faire tourner plus de deux cultures différentes sur les champs. On ne laisse ainsi aucune chance aux maladies et cela permet également une meilleure structure du sol .

Les études sur le travail du sol sans le retourner sont également positives. Cette technique permet de faire des économies, d’être moins intensive dans le temps et d’être plus respectueuse de l’environnement . Alors pourquoi tout le monde n’opte pas pour cette méthode de travail du sol ?

Pour répondre à cette question, nous devons d’abord nous pencher sur les différentes méthodes. Il n’y a pas une seule technique de travail du sol sans labour, il existe  diverses possibilités, plus ou moins efficaces. Même si son efficacité a déjà été prouvée, la technique en est encore à ses premiers pas. De plus, la culture concernée a son importance. Ce qui fonctionne bien pour le colza peut s’avérer une toute autre histoire pour les pommes de terre . Sans parler du type de sol et de son historique.

De surcroît les cultivateurs qui sautent le pas doivent aussi pouvoir se le permettre financièrement. Il est évident que le passage au travail du sol sans labour demande un investissement les premières années. Plusieurs années peuvent s’écouler avant que le sol soit optimal et la récolte conforme aux souhaits. Il convient donc de tenir compte d’un rendement réduit. Un investissement dans le parc machines est en même temps nécessaire.

LE STRIP-TILL (LABOUR EN BANDE )

Le strip-till est populaire aux Etats-Unis. Il s’agit d’une technique qui travaille uniquement la bande de sol dans laquelle le semis  est effectué, le reste du terrein est ‘ laissé aux repos’. Ce principe est déjà appliqué en Europe, notamment pour les cultures de betteraves sucrières. Sur le papier , le strip-till est considéré comme LA manière d’appliquer le travail du sol sans le retourner. L’ensemble du champ bénéficie d’une protection anti-érosive, par exemple de la moutarde, et seul le lit de semis est travaillé. Toutefois, le strip-till exige des machines précises, et tous les sols ne s’y prêtent pas .

AVANTAGES

(SELON L’ONU ET AUTRES ETUDES)

  • Une augmentation de la matière organique dans le sol.
  • Une conservation de l’eau dans le sol grâce à la couche de matière organique ( réduction de l’érosion).
  • Une amélioration de la structure du sol et de la rhizosphère (plus de vers).
  • Moins de ruissellement et de lessivage des nutriments et des produits phytosanitaires.
  • Une capacité de charge et de viabilité accrues.
  • Une meilleure fixation du C et du CO2 dans le sol ( matière organique).
  • Une meilleures résistance aux maladies.
  • Une réduction de la consommation de carburant et des besoins de main-d’œuvre.
  • INCONVENIENTS

(SELON L’ONU )

  • Le processus demande  du temps. Au début, les  résultats peuvent être moindres, il peut falloir des années avant que le sol soit optimal.
  • Un investissement dans de nouvelles machines peut s’avérer indispensable.
  • L’historique du sol est important. Tous les types de sols ne peuvent pas être utilisés pour le travail du sol sans le retourner .

DONC ?

Il n’existe pas de réponse claire pour savoir quelle technique de travail du sol  est la plus simple, la meilleure ou la plus idéale. Le seul argument qu’il est possible d’avancer avec certitude est que le travail du sol sans le retourner a un impact positif sur l’environnement et la lutte contre l’érosion. Les régions ont également une influence : dans des collines, le travail du sol sans le retourner est préférable car il permet de lutter contre l’érosion, mais il reste la question de savoir si le sol et /ou la culture  s’y prêtent .

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